Album photo de Madeleine Zuber

Lors d’un Midi Minuit en 2025 chez Valentine, Charlotte Zuber (C3) nous a apporté un album de photos de la fin du 19e siècle, où certains ont pu reconnaitre leurs (arrière) grands-parents, mais de nombreux visages et noms restaient mal situés dans l’arbre généalogique. Charlotte ne savait pas à qui il appartenait et ne pouvait nous en dire plus mais elle reconnaissait l’écriture de son père François.

Qui y a-t'il dans cet album?

Heureusement donc que son propriétaire initial et François Zuber (C3) avaient annoté au crayon 95% des photos, permettant ainsi de les mettre en corrélation avec le tableau généalogique de Thierry Zuber et que, grâce à Internet, il a été possible d’identifier des noms inconnus voire des visages sans noms !

Présentant majoritairement des bébés et enfants, on se retrouve au croisement des branches Ainées (A) et Cadettes (C) Zuber, et on y trouve des noms familiers de notre arbre généalogique : Diemer, Frey, Juteau, Mieg, Thierry-Mieg,  etc, et quelques autres moins connus.

Plus parlant qu’un carnet d’adresse qui, dans son simple ordre alphabétique, ne dit rien de la proximité affective des noms avec celui qui les recense, l’album de photo nous donne un aperçu des cercles relationnels et des affinités partagées. 

A qui appartenait cet album ?

Rien n’est officiellement indiqué, mais très rapidement, de nombreux indices pointent vers (mon arrière-grand-mère) Madeleine Thierry-Mieg, 1875-1918 (C3), qui était l’épouse de Robert Zuber (1869-1914) et la mère dudit François (et donc la grand-mère de Charlotte) : la présence d’Auguste Thierry-Mieg en page 1 (son père) ainsi que 8 autres porteurs du même nom, celle de Robert Zuber (son mari, donc) en page 3 et 14 autres porteurs du nom Zuber (de naissance ou par mariage), ou enfin la mention au crayon des « Amies de Madeleine » en page 6.
Il n’y a cependant aucune photo de l’intéressée, donc la photo ci-jointe avec Robert (Madeleine et Robert Zuber) est issue d’une autre collection.
L’album a sans doute été transmis à son fils François qui a pu l’annoter dès les années 1920 (et jusque peut-être dans les années 50) renseignant alors les noms, alliances, et le sort de quelques enfants qui avaient été ses contemporains (notamment lorsqu’ils étaient décédés prématurément).

Madeleine et Robert Zuber
Madeleine et Robert Zuber

Aperçu des photos

Composé d’une centaine de photo prises à la fin du 19e siècle, c’est en traquant les rares dates sur les photos ou en se basant sur l’âge apparent des personnes qu’on peut tabler sur des séries prises entre 1877 et 1912, donc du point de vue de Madeleine, une collecte (démarrée par ses parents) entre l’âge de 2 ans et de 37 ans. 
Très rarement en photo de groupe, il s’agit en réalité de photos individuelles, posées et regardant plutôt à côté du photographe.

De format majoritairement médian 6,5 cm X 10,5 cm, les photos sont presque toutes prises en intérieur, hors activité sociale, les poses sont sérieuses, sans aucun sourire sauf pour les bébés (plus spontanés) ou dans un rare cas de déguisement (une jeune femme semble vêtue à la mode 1830).
A ce sujet, le site « Haut-de-forme et Crinoline » de la famille Poupardin (famille par ailleurs légèrement apparentée aux Zuber- ref A1a dans notre tableau) tient le relevé de trois albums similaires quoique plus anciens (1850-1914) et explique en quoi la bonne société protestante, bourgeoise, souhaite alors photographier les membres d’une lignée inscrite dans plusieurs générations : “Au-delà de ces hommes et de ces femmes dont chacun pourra imaginer l’histoire, ces albums offrent une vue inédite sur un milieu social dont les habitudes, le style de vie, les valeurs morales et religieuses s’incarnent dans une certaine apparence et un souci certain de celle-ci. (…) La pose est longuement étudiée, après quoi, elle doit être tenue. La recherche du « naturel » viendra plus tard dans le XXème siècle.” 

On ne peut que deviner aujourd’hui ce qu’a pu représenter la pratique de la production de ces photos et de leur diffusion par leur échange telle une carte de visite. Son coût devait le réserver à certaines couches de la société, mais l’étude du sujet est à approfondir.

Ceux qui sont représentés sur ces photos

Si le plus ancien est né en 1803 (Fritz Zuber, disparu en 1891), vous avez peut être connus les plus jeunes représentés ici au tout début du 20e siècle au cours duquel ils ont vécu, et dont certains n’ont disparu qu’autour des années 1990 (par exemple, Paul-René ou Marthe). 

Il va de soi que, comme un puzzle parfois compliqué, lorsqu’on parvient à relier les photos à une place dans et hors de l’arbre Zuber ou d’un arbre Geneanet, on en retire la satisfaction d’avoir résolu un petit jeu de piste.

Examinons d’abord les anciens, puis la génération de Madeleine et enfin les jeunes nés à l’orée du 20e siècle.

En commençant par les “anciens” par alliance, on a :

Ivan Zuber (A0) en 1907
Ivan Zuber (A0) en 1907
M et Mme Fritz Zuber (C0) sans doute vers 1890
M et Mme Fritz Zuber (C0) sans doute vers 1890

Puis, cette fois du côté de Madeleine en 1900 ses parents : Auguste Thierry-Mieg marié à Marie-Rose Hofer qui sont à sa droite ; ses frères et soeur Pierre, Jean, et Marguerite Thierry-Mieg ; à sa gauche sa soeur Therèse Thierry-Mieg mariée à Paul Diemer ; et au centre, son mari Robert Zuber et leur fils Daniel.

M et Mme Auguste Thierry-Mieg ; M et Mme Robert Zuber (et Daniel Zuber) ; M et Mme Paul Diemer ; Pierre, Marguerite, et Jean Thierry-Mieg en 1900 [coll Catherine Biville]
M et Mme Auguste Thierry-Mieg ; M et Mme Robert Zuber (et Daniel Zuber) ; M et Mme Paul Diemer ; Pierre, Marguerite, et Jean Thierry-Mieg en 1900 [coll Catherine Biville]

Les amies de Madeleine

Reflets des amitiés de jeunesse mais aussi des familles amies de celle d’Auguste Thierry-Mieg à Mulhouse, on notera la durable présence des soeurs De Lacroix ou de Marguerite Sandoz (lire des détails plus loin), et de Renée Willmann, qui rejoindra plus tard la famille Zuber en épousant Paul-Alfred, un cousin du (futur) mari de Madeleine, et Catherine Zuber (A12) une autre cousine.

Julia et Jeanne De Lacroix et Madeleine et Thérèse Thierry-Mieg
Julia et Jeanne De Lacroix et Madeleine et Thérèse Thierry-Mieg
Renée Willmann et Paul Alfred Zuber (C7) vers 1893
Renée Willmann et Paul Alfred Zuber (C7) vers 1893
Catherine Zuber "Titine" (épouse Henri Zuber) et son fils Henri (A12) en 1902
Catherine Zuber "Titine" (épouse Henri Zuber) et son fils Henri (A12) en 1902

Génération de Madeleine

Ensuite, on croise évidemment des photos de la famille Thierry-Mieg, Mieg ou Frey, et d’amis de la même génération que Madeleine, et dans le cadre post-mariage, on ne trouve que Eugène- son beau frère- qui jouera un rôle important dans les difficultés de la vie que rencontrera Madeleine, ou Lucie Juteau – une cousine dont on n’a que peu d’information.

Eugène Zuber (C2) vers 1895
Eugène Zuber (C2) vers 1895
Madeleine et Robert Zuber (C3) en 1900. [coll Catherine Biville]
Madeleine et Robert Zuber (C3) en 1900. [coll Catherine Biville]
Lucie Juteau (A3) en 1903
Lucie Juteau (A3) en 1903

Les enfants du 20e siècle

Dès lors, l’arrivée des nouvelles générations multiplie les connexions avec les branches de la famille.

Georges et André Zuber (C3) en 1901
Georges et André Zuber (C3) en 1901
Etienne (C2) et Jacques Diemer (A12) après 1905
Etienne (C2) et Jacques Diemer (A12) après 1905
Violette et Paul-René Zuber (C7) vers 1906
Violette et Paul-René Zuber (C7) vers 1906
les frères Wearne (C1) vers 1902
les frères Wearne (C1) vers 1902
Madeleine et Jacques Zuber (Mme Camille Gros) (A7) vers 1905
Madeleine et Jacques Zuber (Mme Camille Gros) (A7) vers 1905
Madeleine et Jacques Zuber (Mme Camille Gros) (A7) vers 1905
Madeleine et Jacques Zuber (Mme Camille Gros) (A7) vers 1905

La liste complète des personnes présentes dans l’album est indiquée à la fin de la page.


Après le Midi-Minuit de septembre 2026 chez Pernette Perroud (C2, mais aussi descendante Diemer), Catherine Biville (Cathou Diemer, elle aussi C2) aura permis de compléter des photos manquantes, sa grand-mère Diemer étant née Thérèse Thierry-Mieg, soeur de Madeleine Thierry-Mieg Zuber.

 

Décédée de la grippe espagnole à l’âge de 43 ans, il y a plus de 100 ans, Madeleine avait laissé peu de souvenirs tangibles à ses descendants.
Malgré les limites de l’exercice, plonger dans son album aura permis une forme de prise de contact. A l’issue de ces recherches, l’auteur de ces lignes a alors fouillé au grenier et remis la main sur un autre album de la famille Thierry-Mieg, où, cette fois, on les voit dans des scènes de vie familiale, plus vivantes et désormais ressenties comme plus proches.

Pourquoi le Bulletin nous a parlé de Marcel Proust et de Delphine Seyrig ?

Pourquoi le Bulletin nous a parlé de Marcel Proust et de Delphine Seyrig ?

Réponse: pour “accrocher” le lecteur ! Car internet fait aussi ressortir une foule d’informations plus ou moins intéressantes.

  • En ce qui concerne Marcel Proust, il s’agit plutôt du jeune frère de Madeleine, Jean Thierry-Mieg, né le 10 sept 1890, et sergent au 15e bataillon de chasseur à pied et tué le 4 février 1915 à la bataille d’Uffhotz. Marcel Proust en apprit le décès par la presse et l’évoqua dans une lettre à sa femme de chambre qui avait travaillé chez l’oncle du défunt :
"Est-ce que je confonds ? Est-ce que vous nʼavez pas été autrefois chez une Madame Thierry Mieg . Car jʼai vu quʼun fils Thierry Mieg avait été tué, je ne sais pas si cʼest de celle-là"

cf sur site de lettres de Proust : sur : https://proust.elan-numerique.fr/letter/02924

  • En ce qui concerne Delphine Seyrig (1932-1990), c’est beaucoup plus simple, même si cela ne la rattache pas à notre famille : en partant de l’amie de Madeleine, Julia De Lacroix (1874-1920) dont on retrouve près de 12 photos depuis ses 3 ans, Internet nous indique qu’elle épouse Abel Seyrig (1869-1942, dont le père Théophile travaillait auprès d’Eiffel), et l’album nous présente leur fils Henri Arnold (1895-1976) pour lequel François Zuber rajoute “Directeur de l’Ecole d’Athènes” alors qu’il semble n’en avoir été que membre dans la fin des années 1920. Wikipédia nous renseigne alors qu’il fut archéologue et notamment père de l’actrice Delphine Seyrig (https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Seyrig).

Autres "découvertes"

apportées par Internet et un peu de curiosité, permettant de rajouter des éléments de vie autour de quelques photos :

1) Découverte des familles De Lacroix et Bersier :

a) En ce qui concerne la famille De Lacroix (en 2 mots, donc ce n’est pas de la famille du célèbre peintre).

Camille de Lacroix (1841-1924), né en Guadeloupe, fut manufacturier à Mulhouse (il résida à la Villa Vaucher-Lacroix, 10bis porte du Miroir, adresse mentionnée dans le répertoire d’Ivan Zuber) ainsi que dirigeant de la SIM.

Il eut notamment 3 filles, donc les deux premières furent des amies de Madeleine depuis l’enfance:

  • Julia (1874-1928) est déjà détaillée pour son rattachement à la famille Seyrig. 
  • Jeanne (1877-1967) épousa un certain Michel Berger
  • Il reste une troisième jeune soeur, Ivonne (1882-1966 et absente de l’album) qui épousa Louis Zuber (branche A13)

b) En ce qui concerne la famille Bersier : En partant cette fois de l’amie d’enfance de Madeleine, Marguerite Sandoz (1864-1933, dont l’adresse parentale est mentionnée dans le répertoire d’Ivan Zuber) épouse Bersier, on trouve bien un pasteur influant (Wikipédia https://fr.wikipedia.org/wiki/Eugène_Bersier) qui était son beau père. Or, toujours sur le Web, un compte Geneanet présente une photo de son mari, quasi-identique à une photo non-identifiée de l’album ! Mieux ! le site indique que ledit Paul-Antoine Bersier “avait perdu au jeu sa fortune ainsi que la dot et qu’il dut partir pendant 8 ans comme planteur en Guadeloupe pour se renflouer” …

Julia et Jeanne De Lacroix et Madeleine et Thérèse Thierry-Mieg en 1893.
Julia et Jeanne De Lacroix et Madeleine et Thérèse Thierry-Mieg en 1893.

2) Famille Juteau

il n’y a qu’une photo de Lucie Juteau (A3), une cousine par alliance assez éloignée de Madeleine (“issue-issue-germaine”). La photo, fabriquée à Copenhague, indique au verso “Cousine Lucie à ses chers petits amis, Dani, Georges et André, avec de gros baisers – 1903” donc adressée aux premiers enfants de Madeleine (François arrivera 3 ans plus tard). Après avoir été retraitée par une IA, la photo est rendue plus actuelle. Mais, qui dans la famille saura trouver d’autres informations sur elle, car l’arbre de Thierry ne nous donne qu’une date de naissance 1881 et la mention “sans postérité”, et Internet n’en a proposé que des homonymes… ?

Lucie Juteau colorisée par IA (1903)
Lucie Juteau colorisée par IA (1903)

3) Trace des tourments du 20e siècle, les clichés de son oncle Jean (1890-1915, le frère de Madeleine) sont complétées par François de la mention “tué fév 1915”, et ceux de son cousin germain Pierre Thierry-Mieg (1906-1944, donc contemporain de François) de la mention “tué par les Allemands lors d’une baignade” -Le Mémorial de l’oppression rapporte à ce titre que ce dernier a été “exécuté à Caluire le 22 aout 1944, fusillé par les Allemands”.

4) Enfin, de cette plongée dans les différents noms et alliances matrimoniales d’avant la Première Guerre Mondiale, on ne peut que retrouver une endogamie sociale manifeste des différentes familles de la bourgeoisie protestante, mais les arbres généalogiques le rappellent depuis longtemps.

Qu'en dire de plus ?

 

  • En croisant les noms avec le répertoire d’adresse d’Ivan ZUBER, par ailleurs consultable sur notre site, des recoupements d’adresse ont pu être fait avec un très grand nombre des adultes en portrait, témoignage du réseau à la fois professionnel et d’amitiés desdites familles (mais sont-elles toutes protestantes ? cela se suppose mais n’a pas été vérifié).
  • l’organisation des photos témoigne d’un ordre mélangeant des aspects chronologiques, mais aussi des affinités et continuité, et l’on peut déceler ça et là des remplissages a posteriori regroupant certaines personnes.

Pour aller plus loin

  • Les (courtes) vies de Madeleine et de Robert Zuber ont fait l’objet d’un opuscule familial non publié (s’adresser au SouRi pour plus d’informations).
  • Si vous disposez dans vos caves d’albums analogues et apparentés aux différentes familles rattachées au Sou-Ri, et qui pourrait prendre place aux côtés de l’album de Madeleine Zuber, prenez contact avec l’association.
  • La liste complète des personnes représentées dans l’album (nom de naissance/ nom marital) – à compléter